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L'Algérie entre dans une phase de conflits entre militaires et politiciens. Livre de Rabah Lounici.

L’exécution du Colonel Mohamed Chaâbani : L’erreur fatale de Ben Bella.

Page 85, 86, 87, 88, 89, 90 et 91.

    Après la disparition de Si Haoues mort au champ d’honneur en mars 1959. Tahar Chaâbani, connu sous le nom de Mohamed Chaâbani occupa le poste de chef de la wilaya 6 (Sahara) par intérim. Ce diplômé des Instituts de l’Association des ulémas musulmans algériens a fait preuve d’une grande compétence en matière de leadership et d’organisation militaire, Krim Belkacem, ministre des forces armées le confirma au grade de colonel alors que son age ne dépassait pas 25 ans.

Pendant la crise de l’été 1962 Mohamed Chaâbani s’est joint au groupe de Tlemcen pour des raisons idéologiques et non pas par opportunisme contrairement à beaucoup d’autres. Chaâbani pensait que Ben Bella et Boumediene incarnaient vraiment l’idée arabo-islamique ainsi que le socialisme islamique. D'autant plus que Chaâbani était un admiratif de Djamel Abdenacer.

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oumediene, craignant la popularité de Chaâbani, et aussi susceptible de devenir l’homme de main de Ben Bella dans l’armée et ayant remarqué son dévouement a celui-ci et surtout la loyauté et la sincérité de ses convictions et son attachement aux valeurs arabo-islamique qui pourraient lui permettre de gagner l’estime et la sympathie du peuple Algérien, les appréhensions de Boumediene devinrent plus réelles quand le parti des forces socialistes a demandé à Ben Bella de limoger Boumediene du commandement de l’armée et de le remplacer par Chaâbani ou Tahar Zbiri. Chaâbani veillait rigoureusement à empêcher les officiers issus de l'armée française d'intégrés les rangs de la quatrième région dont il était le chef.

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u congrès du front de libération national tenu le 16 avril 1964 Chaâbani avait exigé ouvertement l’épuration de l'armée de ses éléments, ce qui a poussé les congressistes à crier pendant quinze minutes "épuration, épuration dans l'armée de libération" Boumediene a répondu en disant « qui veut épurer l’Armée » et il a ajouté que l’armée a besoin de techniciens et d'experts et il vaut mieux utiliser ces officiers déserteurs de l’armée française que de solliciter des experts et il a promis aux congressistes de confiner ces officiers dans des postes techniques et non des postes de responsabilité . Boumediene a su contenir sa rage et sa rancoeur parce qu’il considère que les revendications de Chaâbani influeront sur l’unité de l’armée nationale populaire qu’il considère comme la colonne vertébrale du jeune état algérien.

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oumediene a essayé de se débarrasser de Chaâbani par tous les moyens, il lui proposa de l’envoyer à l’étranger pour continuer sa formation militaire comme beaucoup d’autres officiers qui ont été « expédiés » à Moscou en 1964, Chaâbani déclina cette offre. Une deuxième fois Boumediene a essayé de le faire changer de corps en lui proposant un poste civil, il lui proposa aussi par le biais de Ben Bella d’être membre du bureau politique en échange de son abandon de la direction de la 4ème région militaire (Biskra, Sahara) source de richesse pour le régime (pétrole). Chaâbani a refusé encore une fois et a préféré rester dans la région militaire, Biskra.

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lors on propagea les rumeurs, selon lesquelles Chaâbani aurait l’intention de séparer le Sahara du Nord, et qu’il entretenait des relations suspectes avec la France. Boumediene a accusé Ben Bella d’avoir été derrière ces rumeurs. Il faut noter que Boumediene dans son discours à l’académie militaire de Cherchell à l’occasion de la sortie de la promotion des officiers du 10/07/1964 a déclaré : « l’armée ne veut pas de pacha agha dans ses rangs, cette personne -faisant allusion à Chaâbani- est non seulement arrivé au pouvoir d’une façon aussi mystérieuse que surprenante, mais il ne s’est pas contenté de cette rapide promotion, et son aveugle ambition le poussa à solliciter l’aide pour ne pas dire la complicité de certains éléments dont les velléités et la haine envers le peuple algérien était avérée et l’éviction de cette personne du bureau politique était une sanction beaucoup trop légère et sa traduction devant la loi devenait une nécessité». Ben Bella quant à lui craignait aussi que l’Égypte de Nasser découvre en Chaâbani un homme sincère dans ses convictions idéologiques et qui jouissait d’un pouvoir militaire et financier énorme du fait de son contrôle absolu sur le pétrole algérien et qu’elle ne propage ses idées nationalistes a la place de Ben Bella affaibli. Ce dernier s’est transformé en otage dans les mains de Boumediene qui a refusé que l’Algérie soit dépendante de L’Égypte même s’il est aussi proche de l’idéologie de Abdenacer.

Ben Bella a interdit tout contact entre les dirigeants Égyptiens et Chaâbani pour l'isoler et a résolument décidé de se débarrasser de Chaâbani après que celui-ci ait reçu une invitation de Nacer pour une visite au Caire, Ben Bella est allé jusqu'à dire que Chaâbani est un agent de la France et ennemi de l'arabité et de l'islam. Ben Bella a délivré a Fethi Dib officier des services de renseignements égyptiens, un document préfabriqué démontrant que soi-disant Chaâbani avait l'intention de faire un putsch dont Ferhat Abbas serait président de la république, Ait Ahmed ministre des affaires étrangères, Boudiaf ministre de l’intérieur, Ahmed Francis sera chargé du ministère des Finances et le communiste Amar Ouzeguane ministre du Travail. Sachant que ces hommes véhiculent des idées à l'opposé du nassérisme, quant à Chaâbani il sera ministre de la guerre dans ce pseudo gouvernement, et pour donner plus de crédibilité a ses assertions, il a intégré Khider comme chef de gouvernement et Toufik El Madani comme ministre d'El Aoukaf, tous deux proches idéologiquement de Abdenacer, il apparaît que ce document était une tentative de la part de Ben Bella pour disqualifier Chaâbani auprès de Abdenacer. L'occasion s'est présentée devant Ben Bella et Boumediene de se débarrasser de lui au nom de la loi, lorsque Boumediene ministre de la défense commandant de l'armée promulgue un arrêté par lequel il vise à restructurer la 4ème région militaire dont le but d'évincer Chaâbani et ses compagnons. On transféra le siège du commandement de Biskra à Ouargla et en désignant à sa tête le commandant Amar Mellah, et on chargea Mohamed Allahoum qui est un officier déserteur de l'armée française à la tête de l'état-major. Ainsi la région militaire fut vidée des compagnons loyaux à Chaâbani : Mohamed Rouina (Ganter) fut désigné adjoint du commandant Salah Yahyaoui commandant de la 3ème région militaire (Bechar) et Slimane lakhal fut envoyé a Blida quant à Chaâbani il fut rattaché au ministère de la défense. Chaâbani refusa d'exécuter l'ordre de Boumediene et resta dans sa région militaire, ensuite il créa le comité national de défense de la révolution (C.N.D.R) qui regroupait plusieurs personnalités dont Boudiaf, Khider, Ahmed Taleb Ibrahimi, Miloud Brahimi, le commandant Moussa Hassani et d'autres personnalités. Chaâbani a envoyé une délégation a Ait Ahmed en Kabylie lui demandant de se joindre au CNDR et lui donnant la liste de ses membres et qu'ils passeront a la lutte armée contre le pouvoir de Ben Bella le 3 juillet 1964. Ali Mecili qui a assisté à la rencontre de la délégation de Chaâbani avec Ait Ahmed a dévoilé tout ce qui concerne le CNDR ainsi que ses objectifs a son responsable supérieur hiérarchique à Alger.

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e mouvement de Chaâbani fut étouffé dans l'œuf. Il fut arrêté le 8 juillet 1964 au moment ou Boudiaf fuyait en Tunisie, Moussa Hassani resta dans les djebels du nord constantinois avant de se rendre en 1965 et de se retirer complètement de la vie politique et se consacra au monde des affaires. Il fut jugé à Oran par un tribunal militaire se composant de Zertal président (c'est un civil) et les militaires Chadli Bendjedid, Said Abid, Abderrahmane Bensalem, Ahmed Bencherif, membres et Ahmed Draia procureur général, il fut condamné à mort le 3 septembre 1964, beaucoup demandèrent à Ben Bella d'utiliser son droit de grâce à ce militant vu son passé révolutionnaire, mais il resta sourd a tous les appels, il fut exécuté le lendemain matin dans la prison de Sidi el Houari à Oran et enterré au cimetière de Sidi El Bachir dans la même ville. Ces restes furent transférés par la suite au cimetière des Chouhada d'El Alia suite a un décret présidentiel de Chadli Ben Djedid en 1984.

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n exécutant Chaâbani, Ben Bella a commis sa plus grosse erreur politique de sa vie parce que cela l'a mis face à face devant boumedienne et il ne sut comment se déjouer des antagonismes de ses grands dirigeants. Il lui était possible de s'appuyer sur Chaâbani pour affronter Boumediene. Hors Ben Bella ne découvrit ce stratagème que très tardivement; lorsqu'il voulut utiliser Tahar Z'biri contre Boumediene. Hélas pour lui, il était trop tard, et la voie était ouverte devant Boumediene pour s'emparer du pouvoir et évincer Ben Bella; ce qu'il fera le 19 juin 1965.

Colonel Mohamed Chaabani Web Site